Cette recherche artistique me donne une nouvelle opportunité de faire vivre la langue wendat dans mon quotidien et j’en suis bien heureuse. Ce qu’il faut comprendre avec cette langue c’est que, comme mentionné dans mon premier article, elle est en dormance. Il n’y a plus de locuteurs depuis plus de 100 ans donc, nous avons plusieurs trous dans notre casse-tête linguistique. Alors, je sais pertinemment que si j’écris un texte en français que j’aimerais faire traduire en wendat mot pour mot, ce ne sera pas possible ou ce sera possible peut-être dans 50 ans. De grandes recherches se font depuis plus de 30 ans pour rassembler les mots, les phrases, les expressions wendat, mais bien sûr, nous ne possédons pas encore tout le savoir. Le chemin est long pour reconstruire une grammaire, un dictionnaire.
Pour introduire la langue wendat dans l’histoire en création, j’ai choisi de procéder d’une différente manière. J’ai créé, à ce jour, une histoire avec un sens clair d’où elle débute, avance et finit. Les personnages ont aussi une personnalité propre, vivent des actions, des états qui font avancer le récit, ce qui veut dire que la base, le squelette est bien installé. En pensant à ces éléments, je fouille sans but précis ou avec des mots clés et je me perds dans le dictionnaire linguistique et en particulier la thèse de la linguiste wendat Megan Elizabeth Lukaniec : The elaboration of verbal structure: Wendat (Huron) verb morphology. Et là, par hasard, je fais des découvertes. Des expressions, des phrases, des mots se révèlent, m’interpellent et je les associe à un personnage ou à un moment dans l’histoire. Ces découvertes pourront devenir un dialogue quelconque ou un monologue. En résumé, c’est la langue et ce que j’ai accès comme matière linguistique qui me guident dans la création comme une contrainte. L’histoire qui a sa ligne directrice prend tranquillement sa place en nuances et en couleurs grâce à la langue wendat. Tout ça m’inspire
énormément !
Je vous partage, ci-dessous, quelques découvertes linguistiques wendat qui cohabitent bien avec l’univers que je suis en train de créer.
eskatieronhkwaha’
« les forces me reviendront »
‘my strength will come back to me’
iyias
« je chante quand l’envie m’en prend »
‘I sing when the mood strikes me’
häa’tou’tenh
« c’est la son naturel…il est naturellement tel »
‘this is his natural type, he is naturally like this’
a’kwatronhiakhahska’
« le ciel s’est entrouvert »
‘the sky opened up’
hönda’tarakhwi’ndih
« il est saoul de pain »
‘he is satiated, full from bread’
Onsäayionnhont de onywawenda’
« Nous redonnons vie à notre voix »




